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Worldchampionship Ecosse 2007

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Vice champion du monde 2007

Le Team Wilsa sport Helly Hansen sacré vice-champion du monde
au terme d’une mémorable course aussi exigeante qu’éprouvante

Le championnat du monde des Raids 2007 s’est déroulé du 24 mai au 2 juin 2007 en Écosse, dans les paysages sublimes des Highlands, autour de Fort William. Soixante équipes internationales, les meilleures au monde, se sont affrontées pour obtenir cette couronne tant convoitée, ce sacre mythique : le titre de champion du monde.

Tous les ténors du circuit étaient présents au rendez-vous, au premier rang desquels on retrouvait les Américains du Team Nike, champion du monde en titre, et les Néo-Zélandais du Team Balance Vector. D’autres équipes, très affûtées, venues également se battre pour la victoire finale, laissaient augurer d’une bataille sans merci. Parmi ces candidats au titre suprême, les armes présentées par les Suédois de Lundhags-Cross, les Espagnols du Team Buff, les Finlandais… et les Français du Team Wilsa Helly Hansen semblaient les plus impressionnantes et les plus convaincantes.

Ce dernier team en effet, vice-champion du monde en titre, était composé de François Faloci, Sébastien Sxay, Alain Berger, Sukarna Burgess, leur team reporter, et guidé de main de maître par leur célèbre capitaine, aussi redouté qu’admiré : Karine Baillet.

Le parcours fut littéralement infernal : plus de 600 km de VTT, course à pied, kayak, cordes, plus de 22 500 mètres de dénivelé positif et autant en négatif, le tout sous les assauts incessants d’un climat écossais qui a su être à la hauteur de sa terrible réputation, avec ses variations permanentes de temps, ses alternances de froid extrême et de chaleur étouffante, sans oublier ses déluges de pluie… Mais le climat n’était pas le seul à réserver de mauvaises surprises et à multiplier ses pièges pour éreinter le physique et surtout le moral des plus vaillants. Les Highlands ont offert un paysage aussi grandiose que destructeur en imposant une course effrénée sur un terre sournoise et mystérieuse. Les raideurs ont ainsi évolué dans une herbe terriblement humide et cassante pour les organismes, les pieds constamment trempés, vêtus en permanence de pantalon et veste étanches. Le tout quasiment sans arrêt obligatoire pour se reposer, la majorité des équipes de tête n’ayant pas dormi plus d’une heure par jour, après le prologue, pendant les cinq jours de cette course folle !

Le rythme imposé par les équipes en course était monstrueux, dans un parcours pourtant incroyablement exigeant et engagé : kayak contre le vent et la houle, passages d’arrêtes en escalade non sécurisés…

« Un vrai raid pur, dur et engagé, je pense le plus dur que j’ai jamais fait après douze ans d’expérience en raid – et des raids déjà difficiles, comme le Gauloises au Vietnam où il fallait enchaîner 1 000 km dans l’humidité, ou celui, mémorable, au Quebec en 2006, comportant aussi près de 1 000 km », annonce Karine Baillet, hagarde, sur la ligne d’arrivée, mais heureuse et fière de l’attitude de son équipe : « Les conditions climatiques, le froid, le fait d’être trempés, d’aller vite sans dormir, de patauger dans l’herbe haute et humide, boueuse constamment, tout ce dénivelé, le rythme rapide… À l’arrivée, nos corps étaient vraiment meurtris, épuisés, mais nous avons réussi notre course, même si elle ne nous mène pas à la victoire, ce fut une grande course, des paysages naturels authentiques et uniques, des souvenirs à vie. »

Après six jours d’une lutte acharnée en tête et en concurrence avec le Team Nike, les Français de Wilsa sport Helly Hansen : Karine, François, Seb et Alain passent la ligne d’arrivée en vice-champion du monde ! Les Nike conservent leur titre, les Néo-Zélandais d’Orion complétant le podium. Seules cinq équipes finiront le parcours dans sa totalité, les autres ayant dû shunter certaines portions de ce parcours incroyablement sélectif.

Le récit de Karine :

Le 24 mai à 9 h, départ de l’île de Rhum
Nous partons pour 200 m à pied en portant nos palmes et équipement de natation avant de nous mettre à l’eau. 700 m à parcourir, il faut traverser une baie pour retrouver nos caisses et nos chaussures de course. Sous le soleil mais dans une eau très froide, nous prenons un bon départ… Certaines équipes ont pris l’option de planche de natation en plus, nous y sommes allés juste avec les palmes, masque et tuba. Choix manifestement payant.

Transition rapide, pour enlever les combinaisons et mettre la tenue de course à pied. Ce sont maintenant 26 km et 2 460 m de dénivelé positif ou encore d’ascension qui nous attendent. La course démarre très vite, enchaînant marches rapides dans les montées et courses sur le plat et dans les descentes. Le rythme est comparable à celui des courses sur la journée, sauf que là, après cette étape prologue, nous enchaînerons cinq jours ininterrompus !

Une dizaine d’équipes fait rapidement le trou. Nous en sommes heureusement. Nous enchaînons montées, descentes à fond dans un paysage de rêve : des collines herbeuses vertes ou ocre plongeant dans la mer… Mais peu de temps pour admirer, il faut suivre le rythme, cela va très très vite ! Six heures à peine pour réaliser ce prologue éprouvant : nous finissons 9e à déjà 28 minutes des premiers. Impressionnant ! Cependant, le moral remonte lorsque nous apprenons que sept équipes ont omis un passage obligatoire. Elles recevront deux heures de pénalité, nous hissant donc en tête de course !

Autour du château d’arrivée, nous plantons notre gigantesque tente Wilsa, qui attire le regard de beaucoup, et profitons de cette dernière nuit de sommeil avant la vraie course, qui démarre le dimanche.

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Dimanche 25 mai : départ à 8 h. 65 km de kayak de mer.
Les conditions climatiques sont particulièrement difficiles ; il y a beaucoup de vent et la mer est très formée. Jusqu’au dernier moment, on se demande même si l’organisation va lancer la course. L’itinéraire est exposé, nous devons quitter les Highlands et donc naviguer d’île en île avant de nous rendre sur la terre ferme écossaise.

Cela bouge fort (plus de 1 m de creux dans la houle), il faut rester concentré pendant des heures car la moindre faute d’inattention peut nous faire chavirer. Alain et François forment le premier équipage, Seb et moi le second. Nous naviguons groupés, cela nous rassure et nous encourage. Cependant, dans les bateaux, la tension est perceptible ; certaines embarcations se retournent autour de nous, il faut tenir. Le paysage semble grandiose, mais nous ne quittons pas des yeux la direction visée et, surtout, les assauts constants des vagues qui nous menacent à tout instant. Pendant plusieurs heures, il faut laisser vivre le bateau dans les vagues, surfer, glisser, ralentir et accélérer.

Nous passons bien cette première difficulté, même si à plusieurs reprises nous frôlons le retournement et donc la catastrophe ! La dernière traversée en mer nous procure de fantastiques et inoubliables sensations ! Les vagues nous agressent par le côté, la concentration est totale ! Nous pointons 3e à l’un des derniers CP avant de suivre la côte et de rejoindre le portage : c’est une belle performance qui nous motive encore un peu plus. Le débarquement s’effectue à Tarbey bey. Il faut gravir une montagne en portant les kayaks sur plus de 1 km et rejoindre le départ d’une course d’orientation qui compte une dizaine de kilomètres et 1 010 m de dénivelé positif.

Alain, notre spécialiste, réalise une superbe orientation. Notre rythme de poste en poste est bon. Nous courons de temps en temps seuls, de temps en temps groupés avec d’autres équipes, les écarts sont infimes.

À la fin de la CO, nous sommes toujours 3e, mais l’organisation nous bloque 28 minutes, car nous devons purger le retard du prologue par rapport aux premiers. À notre grande surprise, nous repartons en tête en bateau, les deux équipes de devant ont, elles, 2 heures à purger !

Sur l’eau, le vent n’est pas retombé et nous affrontons, cette fois-ci, les vagues de face. C’est de la haute voltige nautique qui demande une concentration et des efforts épuisants. Le soleil est présent mais il fait terriblement froid, nous portons les cagoules Néoprène que nous avions prévues pour la natation avec palmes. Finalement, nous ne les quitterons pas de tout le raid !

À l’arrivée à Inverie, transition ultrarapide, sous la menace des moustiques présents en nombre et à l’agressivité toute guerrière ! Nous retrouvons nos caisses et pouvons enfin nous changer. Nous prenons l’alimentation nécessaire pour les 44 km de trek sur 4 370 m de dénivelé positif à venir… courage ! Nous démarrons à pied tranquillement afin de préserver un peu les organismes. Alain mène l’équipe par ses judicieux choix d’orientation et son rythme parfait. La nuit tombe, nous évoluons à la frontale. Derrière, les autres équipes sont visibles aussi grâce à la lueur de leurs lampes. L’ambiance est électrique, la tension totale. Les CP s’enchaînent.

Nous arrivons enfin à la forteresse. « Une passe difficile pour trouver le sommet du Ben Adden », avait annoncé l’organisateur. Alain décide de tenter le sommet par la droite, nous arrivons dans une pente quasi verticale ! De nuit, un canyon, de l’escalade, c’est engagé risqué, glissant. Question obsédante : est-ce le bon itinéraire ? Nous n’avons plus le choix, il faut monter. Nous nous entraidons, faisons attention à la sécurité de chacun, en espérant arriver au sommet…

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Vers 4 h du matin, au lever du jour, après une nuit passée dans l’eau, l’escalade et le doute, nous atteignons enfin ce sommet mythique. Mais nous ne connaissons pas notre position dans la course. D’autres équipes sont-elles passées avant nous ? Personne ne semble pourtant avoir pris notre itinéraire… Bien que dubitatifs, nous sommes ravis d’être là. Nous pointons rapidement le CP en insérant chacun notre Sportident dans le boîtier et enchaînons une longue descente puis une remontée sur un autre sommet, où un caméraman nous attend et nous apprend que nous sommes… en tête ! Quelle joie ! Nous sommes heureux, cela nous motive plus que jamais.

Nous continuons notre progression en alternant montées et descentes et passage sur les crêtes. Au loin, en nous retournant, nous apercevons enfin les autres équipes. Elles ne sont pas très loin ! Descente, course, nous atteignons un long plat, longeons un lac encaissé. La longue section à pied touche à sa fin. Nous arrivons au point de transition T2.

Nous nous préparons rapidement et, épuisés, décidons de dormir chez l’habitant après être partis en VTT. Le climat est plus clément. Nous progressons 10 mn et nous arrêtons donc 1h pour dormir dans une maison de thé. Depuis le départ dimanche matin, nous n’avons pas fermé l’œil et il va falloir de l’énergie pour parcourir les 138 km de VTT et les 3 970 m d’ascension annoncés !

Les Écossais nous accueillent très chaleureusement, ils nous proposent même leurs lits. Après une heure de repos, nous repartons très vite, les kilomètres s’enchaînent car le terrain est très roulant au début. Puis dans les chemins, le rythme baisse un peu mais nous sommes en forme, toujours en tête. Nous vivons assez bien cette section.

La fin de journée nous réserve une montée éprouvante avec un portage des vélos et nous mène vers le water jump. Nous nous posons des questions : de quoi s’agit-il ? Nous sommes gelés, malgré nos pantalons et vestes étanches, nous espérons ne pas avoir à nous jeter dans l’eau…

Notre espoir est vain ! Au parc VTT, on nous dit de descendre vers la rivière : nous avons un saut de près de 6 mètres à réaliser dans l’eau glacée. Il est 20 h, peut être 21 h, nous imaginons mal être dans l’eau à ces températures, surtout sans combinaison et sans vêtements de rechange. Je décide donc d’y aller… nue pour ne pas mouiller les seuls vêtements qui vont me servir à rouler toute la nuit. Les garçons m’imitent et enchaînent. Nous faisons abstraction du froid ; vite le saut, vite la remontée et vite le rhabillage avec des vêtements secs. Nous remontons rapidement le dénivelé pour rejoindre nos VTT, cela réchauffe. Et nous voilà repartis pour finir la section VTT. Elle nous mène au petit matin près d’un lac superbe. Nous sommes toujours en tête, sans connaissance de la position précise de nos poursuivants, nous avons la pêche… !

L’endroit où nous retrouvons les caisses est très humide ; il pleut toujours. Il pleut sans cesse. Une grande tente est installée au milieu. Nous décidons de dormir une heure et demie sous celle-ci. Les Américains arriveront 20 minutes après nous.

J’ai pour mission de réveiller l’équipe, donc je ne mets pas de boules Quies et je reste attentive à la montre pour l’entendre sonner. Ça y est ! Tout le monde debout ! Il pleut toujours. Je récupère les combinaisons, nous nous habillons sans perdre de temps. Bref petit déjeuner à base d’un mélange que Seb et Sukarna ont réalisé avant la course, et nous partons toujours en tête, mais avec les Américains à nos trousses…

J3
À 5 h du matin, nous enfilons Seb et moi les combinaisons pour nager alors que François et Alain se préparent pour pagayer. La première partie de lac impose de nous dédoubler : deux dans l’eau et deux en bateau avant de nous retrouver à quatre sur nos embarcations, après 1 km dans l’eau gelée. Avec la fatigue qui commence à peser sur nos organismes, l’eau semble en effet épouvantablement froide, l’air aussi est glacé, comme depuis le début du raid. Pas une minute sans arrêter de bouger les bras ou les jambes, pour nous réchauffer tant bien que mal.

Nous nageons le plus vite possible les 1 000 m et arrivons au CP, où nous montons dans les canoës pour rejoindre la berge en face. Nous y retrouvons un sac dans lequel nous laissons les pagaies et enchaînons avec une section de trek : 43 km à pied, 1 780 m d’ascension avant d’atteindre un mystérieux canyon. Le départ se fait le long d’une route, assez monotone, en comparaison des paysages extraordinaires que nous venons de parcourir. Nous utilisons les bâtons de marche mis à disposition par l’organisation, les fameux « leki sticks », et évoluons à un bon rythme. Nous discutons stratégie. Au bout de cette ligne droite, c’est le canyon. Changement rapide : le temps d’enfiler les combinaisons et de nous engager dans ce canyon aussi impressionnant que peu engageant. Un guide nous mène au départ. Nous nageons pour pointer la première balise qui est fixée à un bateau, au pied d’une chute vertigineuse. Puis, ce sont toboggans, sauts, descentes en rappel qui s’enchaînent avant de suivre un chemin nous ramenant à nos VTT.

Nous enlevons les combinaisons et décidons de nous arrêter boire quelque chose de chaud dans un improbable café, découvert miraculeusement à la sortie du canyon. À notre surprise, nous y croisons les Américains du Team Nike, qui arrivent, une heure donc derrière nous. Nous nous restaurons sans tarder puis enchaînons, il reste environ 33 km à parcourir à pied pour rejoindre le prochain point de transition.

Après quelques kilomètres, toujours sous la pluie, Alain me jette un regard : nous avons eu la même idée ! De gros tuyaux sont posés le long de la route, sur un chantier provisoirement abandonné, ce serait pas mal de s’en servir pour se protéger et dormir quelques minutes, un sommeil flash. Chose pensée, chose faite. Nous nous recroquevillons et profitons de ce sommeil qui nous fait un grand bien. Depuis le début, nous n’avons dormi que deux heure et demie.

Repos bien venu, car ce qui nous attend est impressionnant. Il pleut, le ciel est uniformément gris, nous évoluons dans une curieuse pampa écossaise, des herbes hautes, aucun chemin, aucun repère, et sur un terrain qui monte constamment. Alain nous oriente grâce aux azimuts et en suivant scrupuleusement la carte. C’est très technique en orientation, tout se ressemble. Montée, descente. Une vallée nous sort de la monotonie, nous y voyons de nombreux animaux. Ce sont des rencontres fortuites qui font toujours plaisir. Un coup d’œil admiratif et nous enchaînons. Il faut atteindre un CP près d’un cours d’eau.

Grâce à Alain, nous tombons directement sur lui. Il y a le boîtier électronique, mais il y a aussi une curieuse tente plantée dans ce décor hostile, herbeux, digne de l’Écosse. Le contrôleur du CP est content de voir du monde, c’est la première équipe qu’il voit passer après deux jours d’attente ! Il offre à chacun un biscuit chocolaté dont le goût, à cet instant, nous apparaît exquis. Quelques minutes puis nous repartons, abandonnant notre contrôleur à sa solitude volontaire.

C’est maintenant plutôt de la descente vers une autre vallée. Notre rythme est assez irrégulier, nous ralentissons sur le faux plat et la route de fin de section. C’est la fin d’après midi, les garçons souhaitent s’arrêter pour dormir un peu à l’assistance. Mais cette transition, plutôt que de nous reposer, nous demande beaucoup d’énergie. Il tombe des hallebardes de cette pluie frigorifiante. Nous voulions nous installer dans un café pour dormir un peu, mais un membre de l’organisation nous interdit de le faire et nous dit d’utiliser notre tente. Nous la montons donc près de nos caisses. Il attend que nous soyons installés et revient nous voir en nous disant que si nous la laissons à cet endroit, nous aurons une pénalité, il faut la déplacer plus loin des caisses. Nous râlons car il aurait pu nous le dire avant que tout soit prêt mais nous bougeons une seconde fois pour nous installer dans le seul endroit plat des environs, une carrière pour faire travailler les chevaux. Curieux bivouac : la tente repose sur du crottin de cheval. Malgré tout, il nous faut nous reposer et récupérer quelques forces. Nous mangeons donc quelques aliments préparés et pouvons enfin dormir une petite heure.

Mais les Américains ont profité de notre repos indispensable et sont passés en enchaînant directement avec le VTT… Infernal ! À notre réveil, nous plions tout le campement et enfourchons les VTT. Éric, un caméraman de l’organisation qui est aussi un ami, nous encourage. C’est une montée puis une descente en single track, un lieu connu pour les descendeurs en VTT. Nous roulons en pleine nuit, à une vitesse hallucinante vu les conditions. À la fin de la section VTT, le contrôleur nous dit que nous sommes à nouveau en tête, car les Américains ne sont pas encore passés ! Ils ont dû s’arrêter en cours de route. Quelle joie ! Cette heureuse surprise nous redonne le moral.

Le jour se lève, nous attaquons le quatrième jour : une boucle à effectuer, avec un sommet impressionnant et un passage de cordes… !

J4
C’est de plus en plus difficile, nous nous endormons, plusieurs fois, tout en marchant. Nous sommes épuisés. On se réveille alors en sursaut, comme si on s’était endormi quelques instants. Nous décidons alors de faire un sommeil flash, tous les 4 collés et adossés à un arbre. Comme nous ne nous changeons pas, au bout de quelques instants le froid nous réveille et nous repartons. Nous trouvons avec difficulté le début des cordes, malgré le brouillard qui s’ajoute à la pluie. Il s’agit d’une remontée au jumar. Je commence, suivie de Seb et Alain, et François qui ferme la cordée.

À ma grande – et mauvaise – surprise, je suis rejointe la haut par la féminine de Nike. Nous sommes les deux équipes ensemble. Puis nous redescendons et longeons le lac, selon un rythme réduit, car Alain souffre d’un mal de ventre qui le pénalisera quelques heures. Le rythme est peu soutenu, mais les Américains ne nous doublent pas. Nous les apercevons quelques centaines de mètres derrière nous et parvenons à les tenir à distance. Nous arrivons au CP, et reprenons nos VTT. Nous roulons les deux équipes à vue et finirons ensemble au point de transition 6 avant 60 km de kayak. Notre sentiment est partagé : nous sommes finalement assez contents de finir avec eux car au début de section, nous pensions ne jamais les revoir et leur présence est motivante et réconfortante dans ce paysage d’un autre monde.

Cette transition est vraiment pénible, nous sommes mal organisés, le manque de sommeil n’aidant pas. Les garçons souhaitent s’arrêter de nouveau et prendre le temps de se restaurer, je n’ai qu’une envie, pour ma part, c’est de suivre les Américains déjà repartis, et les redoubler. Mais il faut respecter les forces et envies de chacun. Nous passons du temps puis enfin nous prenons le départ de cette deuxième section kayak. Notre team reporter Sukarna nous encourage ainsi que Christelle, ma sœur, venue nous encourager de France avec une de ses amies. C’est vraiment réconfortant.

De loin, nous apercevons les Américains, nous espérons revenir sur eux car nos embarcations sont manifestement plus performantes. La traversée du premier lac est laborieuse, vent de face, dans les vagues, il fait froid, tellement froid ! La fatigue se fait ressentir. Nous arrivons après quelques heures ensemble au débarquement. La tension est excitante ! 15 km de portage le long de la route nous attendent. Dans l’équipe, l’ambiance est lourde et un peu électrique, pour la première fois depuis le départ. Il ne faut pourtant pas craquer. Nous mettons les kayaks sur les chariots, nous souffrons épouvantablement du froid. Il faut faire quelque chose.

Les Américains maintiennent la pression et enchaînent. Mais nous nous disons qu’il vaut mieux nous arrêter afin de prendre un repos indispensable et que nous espérons aussi réparateur que salutaire. Même si c’est en plein jour, cela nous permettra de reprendre de l’énergie dont nous avons vitalement besoin. Au bout de quelques kilomètres, nous tombons sur une petite chaumière. Je pensais juste demander si les habitants connaissaient une lodge mais rapidement, nos hôtes nous proposent de rester. Situation totalement incroyable pour nous comme pour eux : sortis de nulle part, quatre hurluberlus, curieusement déguisés, trempés, transis de froid, sales comme des sauvages, qui se trouvent accueillis dans une chaleureuse et ravissante petite chaumière par une famille partagée entre la joie et la surprise, mais dont la chaleur humaine nous réchauffe le cœur.

La maîtresse de maison ne savait que faire pour nous faire plaisir, tant notre état de délabrement était impressionnant. Elle nous a offert un thé délicieux et des biscuits qui nous apparurent tout aussi succulents. La grande cheminée a terminé de nous réchauffer et nous a permis de faire sécher nos affaires. Nous avons ainsi pu dormir une heure, miraculeusement, bien au chaud. À notre réveil, des sandwichs nous attendaient. Miracle de l’hospitalité écossaise. Après deux heures d’arrêt, nous avons dû reprendre notre chemin et quitter, très émus, notre famille d’adoption. Ce fut un moment très fort, une rencontre inouïe, dont nous nous souviendrons longtemps. Peu de paroles, mais des gestes et des regards de compassion, d’affection, qui vous touchent au plus profond et vous font du bien, et tellement plaisir. Ces deux heures nous ont permis de nous réchauffer, nous sommes ressortis plus forts et le moral au beau fixe.

Cela aurait pu être un super choix stratégique pour revenir sur les Américains (il faut parfois savoir perdre du temps pour en gagner par la suite) mais quelques heures après nous avons effectué un portage de kayaks épuisant, et une partie orientation difficile de nuit. Il faut se rendre à l’évidence, nous avons perdu du temps, et l’écart entre les Américains, toujours en tête, et nous s’est révélé impressionnant.

Il fait nuit. Le deuxième portage dans les marécages est encore plus terrible car nous devons tirer le bateau, en nous enfonçant dans cette eau vaseuse et paralysante. Plus de 2 km, une heure et demie pour trouver l’entrée de la rivière. Là où les Américains sont passés sans difficulté… de jour. Nous embarquons, débarquons plusieurs fois. Alain peste contre les approximations de la carte. Finalement, nous trouvons la sortie et le point d’assistance après bien de l’énergie dépensée. Au point de transition, avant d’enchaîner avec un trek de 44 km et 4 110 m de dénivelé positif, nous redormons une heure et repartons au petit jour, comme des zombies. La tête tient le coup, le corps aussi.

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Cette section ressemble à des montagnes russes. Cela monte et descend tout le temps. Au départ, le moral des garçons est dangereusement en berne, j’ai l’impression qu’ils avancent sans ardeur, sans conviction. Heureusement, ils se rassérènent après la montée du sommet sur les crêtes en escalade. La motivation revient. Le courage et le moral aussi. Il faut dire que là-haut, le paysage est absolument grandiose. Nous venons de gravir plus de 1 000 mètres sur un sentier escarpé au départ puis rapidement en escaladant directement la roche. C’est très engagé mais cela nous réveille. Et que c’est beau !

Puis nous enchaînons inlassablement les montées et les descentes. Les Américains nous ont encore pris du temps. Cela va être difficile de revenir sur eux. Avant la dernière montée de plus de 1 000 mètres de dénivelé, ils sont à environ trois heures devant, et avec un bon moral de vainqueur dans la tête, qui leur donne des ailes ! Derrière, nous nous accrochons, d’autant plus que la progression est difficile. Nous passons une crête hyper engagée. Si nous faisons un écart, loupons un appui, c’est la descente infernale dans le vide. Dans notre état, cela complique singulièrement la situation, car cela s’ajoute à notre manque cruel de sommeil. Nous nous concentrons et rejoignons tant bien que mal l’arrivée de cette section. François baisse de rythme, il souffre des pieds. Le rythme et la douleur sont difficilement supportables, il s’acrroche.

Il nous reste deux sections à effectuer avant l’arrivée finale. Nous savons que, sauf accident, nous ne rattraperons plus les Américains. L’objectif est alors de ne rien lâcher et de finir le mieux possible. À l’assistance, François va se faire soigner, Alain attend et se repose dans la tente médicale. Je leur apporte leurs affaires puis profite d’un sommeil flash de quelques minutes. Avant de partir, Alain se rend compte qu’il a oublié la carte, nous n’avons pas la carte de la section. Des Polonais nous en fournissent une, nous sommes sauvés, nous les remercierons à l’arrivée en trinquant tous ensemble autour d’une bière salvatrice !

La dernière section de VTT (24 km VTT, 870 m d’ascension) est accablante. En plus d’un mal aux pieds, François gère de plus en plus mal le manque de sommeil, il ne roule pas, nous avançons tout doucement, difficilement. Je ferme le groupe et le motive, il ne faut pas lâcher maintenant, d’autant plus qu’il y a des équipes derrière qui aimeraient bien nous remonter. On se traîne vraiment sur cette section pendant que les Américains volent vers la victoire. À la fin de cette section, nous rejoignons le bas du Ben Nevis tant bien que mal, il faut s’accrocher.

J 6
D’autres équipes sont là, celles qui ont shunté une partie du parcours. Nous réalisons finalement une dernière transition rapide et abordons la dernière section de trek, 16 km à pied, pour une ultime ascension de 1 740 m : le Ben Nevis. Nous commençons droit dans la pente, dans le dénivelé. Un sommeil flash de quelques minutes et nous voilà repartis. François souffre vraiment des pieds, mais il serre les dents, admirablement. Le froid s’en mêle. Plus nous grimpons en altitude, et plus la température baisse, il y a un vent piquant qui nous meurtrit un peu plus à chaque instant. Petit moment de stress dans les pierriers, On ne voit plus Alain. Je fais marche arrière, il s’est assoupi derrière un rocher ! Nous nous promettons de rester vraiment groupés. Nous atteignons enfin le sommet. Et c’est sous la neige, dans un brouillard monstrueux que nous pointons finalement le CP du Ben Nevis.

La redescente se fait le long d’une crête, une section de scrambbling, avait annoncé l’organisation. Il faut trouver la crête puis la suivre. Nous avançons lentement. Je me retourne et vois une équipe derrière nous. C’est peut être une équipe qui essaie de nous remonter. À force d’obstination, Seb et moi motivons François pour accélérer: plus vite nous passerons cette section et plus vite nous rejoindrons l’arrivée ! Malgré son mal de pied, le rythme s’accélère dans la descente. Ses efforts surhumains nous donnent des ailes à tous.

Puis la dernière ligne droite compte 3 km sur le goudron pour rejoindre l’arrivée. Elle nous apparaît aussi monotone qu’infinie. Après nous être retournés plusieurs fois, sans équipe en vue, nous prenons le temps de finir tranquillement, tout en discutant, pour réaliser, ensemble, que nous venons d’effectuer un truc énorme, que cette course a été monstrueusement difficile, mais magnifique. Nous avançons un peu comme des ombres. Heureux de rejoindre cette ligne d’arrivée tant espérée et d’en terminer avec ce chemin de croix que nous nous sommes pourtant imposé, mais déçus de n’être à nouveau « que » deuxième. C’est l’éternel paradoxe du sport en général et de la compétition en particulier. C’est aussi toute sa beauté.

Nous prenons progressivement conscience de la magnifique performance que nous sommes en train de réaliser. Fatigués, épuisés, blessés, meurtris même, mais tellement contents d’avoir tenus, tous ensemble.

Après 45 mn environ de marche sur le bitume, nous passons enfin la ligne d’arrivée en vice-champions du monde ! Épuisés mais tellement fiers et heureux.

Embrassade, poignée de mains, interviews, nous aspirons maintenant à une bonne douche, à changer nos vêtements et à dormir. Sukarna peut s’occuper maintenant de nous. Ce fut encore une grande et belle aventure ! La plus belle, avant la prochaine…



Karine Baillet




Merci à mes équipiers, à notre team reporter et à nos partenaires : Wilsa sport, Helly Hansen, le groupe AFG, Commencal, Julbo, Sunnto, Inkospor, Egalis Montrail, Garmin, TSL, Bvsport, Rywan, Silva, led lenser, Akiléine, Duracell, la ville du Touquet, buff et à tous ceux qui nous aident, souvent dans l’ombre, à vivre ces raids et à réaliser nos rêves.



 
 
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